La Mémoire Mouillée

 Cinq blues pour Pascal

Poèmes : Denys-Louis Colaux – Photographies : Pascal Nivaille

Textes et photographies sont la propriété de leurs auteurs 

 

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Peine Blues
La nuit
 
La nuit 
il faut que j’aille
il faut que j’aille mon exode intime
que j’aille à ma perte
dans la nuit liquide
qui m’est une grande sœur
qui n’a que sa robe de veuve
pour me consoler
et me rappeler à mes gouffres
la nuit il faut que j’aille
et je n’entre plus nulle part

  

O jésus quelqu’un quelque chose
la nuit
ayez merci de moi
ayez pitié de la
potence de mes bras

  

La nuit
tout le long de la route
je ne vois que des arbres
dont on fait les cercueils
que la pluie dont on fait
les larmes et les puits
et les chagrins qui durent

  

O jésus quelqu’un quelque chose
la nuit
ayez merci de moi
ayez pitié de la
potence de mes bras
 
Et j’ai le rêve de tailler
à la lame des phares
la laisse qui me tient
relié au fantôme
qui marche sur ma nuque
et la musique de mes mains

 

O jésus quelqu’un quelque chose
la nuit
ayez merci de moi
ayez pitié de la  
potence de mes bras

 

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Nocturne Blues
L’Inconquérant 
 
En haut des mats valsent les pélicans
au loin dressés les hauts paratonnerres
des grands totems indiens
 
temps mélangés le passé le présent
et tout s’étreint aujourd’hui et naguère
et l’encre avec le vin
 
Devant la nuit ta clé est noire
noire la craie sur l’écritoire
 
Au fond du ciel le zèle des oiseaux
à ton épaule désormais un os
et puis ton socle sur le dos
 
tout, ton bâton de pèlerin, ta peau
au poids, la carcasse de l’albatros,
dépotoir en Eldorado
 
Devant la nuit ta clé est noire
noire la craie sur l’écritoire
 
Les yeux fermés, ni squaw ni vahiné,
rien d’ingénu, personne n’est venu,
et rien n’est transmué
 
En haut des toits, la lumière échouée
au fil à sécher, ton rêve étendu
et le corps mourant de l’été.
 
Devant la nuit ta clé est noire
noire la craie sur l’écritoire
 

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Blues des Fleurs rêvées la nuit 
 
Les fleurs, ça vient, ça rêve   
Dans le lait de leur sève   
Ça laisse sur les doigts   
Le frisson de la soie
 
Les fleurs, ça tient, ça verse
Lentement dans l’averse   
Et leurs chairs étanchées   
Luisent dans la jonchée
 
Les fleurs, ça vit, ça saigne   
Comme la nuit, l’enseigne   
Ça jette dans la rue   
Une étincelle crue
 
Les fleurs, ça va, ça geint,   
Doucement ça s’éteint   
Leurs âmes déposées   
Glissent dans la rosée   
   

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Rêve blues
 
Je rêve d’une voie   
d’un chemin dessiné   
à la mesure   
de mon élan 

   

d’un jardin tout au bout   
où tu ne seras pas   
où ton silence enfin   
se taira pour de bon 

   

je rêve d’un pays   
avec de la lumière   
avec toi sous un arbre   
et le monde sous toi   
comme un gâteau   
content de sa cerise

   

 

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Blues de l’Absente   
    
L’absente a toujours raison  
  
Ce sont les pianos fermés   
qui font   
le plus de musique
 
Toute attente est veine   
et mène du sang   
quelque part   au loin  
   
L’absente a toujours raison
 
Le verre de lait de mon chant   
attend pour être bu   
le désir de tes lèvres 
    
Le grand objet fermé   
de ta valise   
empêche le soleil    
 
L’absente a toujours raison

 

 

 

 

 

 

 

 

Écrit par Pascal Nivaille Lien permanent | Commentaires (0)

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